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Gope-Fenepej: ‘Un très grand pas dans ma carrière’

Article  » Les Nouvelles Calédoniennes « 
Propos recueillis par Frédéric Ragot
Dimanche, vous avez fait vos grands débuts en Ligue 1 face à Lille. Vous doutiez-vous, en arrivant au Grand Stade de Lille-Métropole, que vous alliez enfin faire vos premiers pas de footballeur professionnel ?
Georges Gope-Fenepej : Je l’espérais bien sûr, mais je n’avais aucune certitude. Déjà, je ne m’attendais pas forcément à figurer sur la feuille de match, même si j’avais fait une bonne semaine d’entraînement. Quand le coach (Jean-Marc Furlan, NDLR) a annoncé le groupe retenu pour cette rencontre et que j’ai entendu mon nom, j’ai alors pensé que j’aurai peut-être ma chance. D’un autre côté, je m’étais déjà retrouvé sur la feuille lors du premier match de la saison à domicile face à Valenciennes et je n’étais pas rentré. Mais cette fois, le coach a décidé de me faire confiance.
Qu’avez-vous ressenti lorsque Jean-Marc Furlan vous a demandé d’aller vous échauffer ?
Je n’ai même pas eu le temps de gamberger car j’ai regardé le chrono, on en était déjà à la 88e minute de jeu et je n’avais plus de temps à perdre. D’ailleurs, une minute trente plus tard, le préparateur physique m’a appelé en me disant : «C’est bon, dans une minute, tu rentres ». Je savais que je n’aurai que quelques minutes tout au plus pour m’exprimer, mais pour moi, c’était déjà fort. Et là, à ce moment précis, mes jambes ont commencé à trembler. J’étais hyper motivé mais aussi très impressionné. Surtout par le stade et ces milliers de spectateurs qui hurlaient. Je n’avais jamais vécu ça. Je devais pourtant oublier le contexte et ne plus penser qu’au match.
Cela n’a pas dû être facile ?
C’est sûr. D’autant plus que ça se bousculait un peu dans ma tête. Je pensais à ma famille, mes parents, à tous ceux qui m’ont aidé à en arriver là, notamment Alain Moizan, mon entraîneur à Magenta, mais aussi le président de la fédération calédonienne. Mais j’ai réussi quand même à me reconcentrer et à penser uniquement au football. Je me suis dit : «Allez, je rentre, j’attaque, je défends. Je donne tout pour ramener les trois points de la victoire à mon équipe ».
Votre entraîneur vous a malgré tout donné quelques consignes ?
Il m’a annoncé que je jouerai en pointe et il a surtout cherché à me motiver : «Vas-y Georges. Ce ne sont pas ces deux gaillards, en parlant des deux défenseurs centraux (Chedjou et Basa, NDLR) adverses, qui vont te faire peur. Vas-y et joue comme tu sais le faire. »
En trois minutes de jeu seulement ?
J’ai quand-même pu toucher 2-3 ballons, faire une passe en retrait. Ça peut paraître peu. Mais c’est déjà énorme pour moi. C’est un grand pas dans ma carrière. J’ai joué en Ligue 1 ! Il y a beaucoup de joueurs qui auraient aimé être à ma place et avoir cette chance. Surtout en Nouvelle-Calédonie. Je suis fier d’avoir vécu ce moment. Maintenant, c’est sûr, j’espère que ce n’est qu’un début et que j’aurai à nouveau cette opportunité un jour avec plus de temps de jeu. Et pourquoi pas jouer un match complet.
Est-ce que vous pensez que Jean-Marc Furlan vous donnera à nouveau votre chance le week-end prochain face à Sochaux ?
C’est un peu trop tôt pour le dire. Après le match face à Lille, il m’a simplement dit : «Félicitations. On n’a pas perdu ! » J’étais content et je suis retourné dès le lendemain matin à l’entraînement hyper motivé. Bon, j’étais un peu fatigué car je n’avais quasiment pas dormi de la nuit. J’ai dû fermer les yeux vers 4 ou 5 heures du matin. Je n’ai pas arrêté de penser à ma rentrée, à ma passe, à mes déplacements… En plus, mon petit frère, ma petite sœur, mes cousins sont en vacances chez moi en ce moment. Ils n’ont pas pu venir au match mais quand je suis rentré, tout le monde était très excité. Ils m’ont félicité, j’ai dû leur raconter dix fois au moins le match. Mais dès le lendemain matin, je suis passé à autre chose. Alain Moizan m’a souvent répété qu’en cas de victoire comme de défaite, il fallait très vite repartir de zéro et se préparer pour le match prochain. C’est ce que j’essaie de faire depuis.
Est-ce que vous avez eu parfois du mal à accepter de ne pas figurer sur la feuille de match ces six derniers mois et de jouer chaque week-end avec la réserve en CFA 2 plutôtqu’en Ligue 1 ?
Non, en toute honnêteté, je l’ai toujours bien pris et je n’ai jamais eu de coup au moral. Au contact d’Alain Moizan, j’ai appris une chose : c’est l’entraîneur qui décide. Et je respecte ça. Je savais que j’aurai à peu près six mois d’adaptation. Si je jouais jusqu’à présent uniquement en réserve, c’est qu’il y avait une raison : je n’avais pas la capacité de jouer avec l’équipe pro. Je n’ai rien dit et j’ai continué à faire mon travail en donnant le maximum avec la réserve chaque week-end. J’ai d’ailleurs marqué trois buts en matchs officiels et cinq buts en matchs amicaux et je suis pour l’instant invaincu en CFA. Je me doutais qu’un jour, tous ces efforts finiraient par payer.
Vous êtes-vous aussi remis en question ?
Bien sûr. Quand je suis arrivé à Troyes, j’ai eu l’impression de repartir de zéro. Physiquement, tactiquement, techniquement. Comme si je n’avais jamais rien fait au pays. J’avais quand même un peu de technique balle au pied mais le coach m’a tout de suite dit qu’il fallait que je développe une meilleure vision du jeu et surtout que je devienne plus collectif. A Nouméa, j’étais peut-être l’un des meilleurs individuellement parlant mais je ne jouais pas pour le groupe. A Troyes, j’ai appris à jouer pour l’équipe. Le fait de m’entraîner tous les jours avec les pros m’a beaucoup apporté. Il m’a fallu quelques mois pour que tout se mette en place et en janvier, je me suis dit qu’il fallait que je passe un cap supplémentaire.
Quels objectifs vous êtes vous fixés d’ici la fin de cette saison ?
Je veux essayer d’aider mon club à remonter au classement et à se maintenir en Ligue 1. C’est ma priorité. J’espère aussi que l’ESTAC me proposera une prolongation de contrat (il est en fin de contrat, NDLR). Au cas où, d’autres clubs pourraient aussi se manifester. Mais pour cela, il faut d’abord que je joue.
Dans un peu plus d’un mois, la sélection calédonienne disputera les deux derniers matches des éliminatoires du Mondial-2014 face à la Nouvelle-Zélande et Tahiti. Si vous gagnez du temps de jeu avec l’ESTAC,ne craignez-vous pas de devoir faire un choix ?
Peut-être, oui. C’est clair, j’ai très envie de disputer ces deux rencontres avec la sélection. D’autant plus que si on gagnait la Nouvelle-Zélande, on prendrait la tête du classement. Mais si Jean-Marc Furlan me demande de rester pour être à la disposition du groupe en vue des échéances de la fin de saison, eh bien, je pense que je resterai à Troyes. Il faut aussi que je pense à mon avenir, à ma carrière.
Grâce à ces trois minutes de jeu face à Lille, vous avez incorporé le club très fermé des Calédoniens ayant disputé une rencontre de Ligue 1. Un club qui compte dans ses rangs des noms aussi prestigieux que Marc Kanyan Case, Jacques Zimako, Antoine Kombouaré ou Christian Karembeu. Vous sentez-vous désormais leur égal ?
(il rigole) Oh non. Je marche peut-être sur leurs traces, mais je suis encore loin, très loin d’eux. Pour l’instant, notre seul point commun est d’avoir joué en Ligue 1, c’est vrai. Mais moi, je suis tout en bas de l’échelle. Mais ce n’est qu’un début. Je vais continuer à travailler pour élever mon niveau de jeu. Je n’ai que 24 ans après tout, même si on m’a souvent dit que c’était un peu trop tard pour découvrir le monde professionnel. Mais j’y suis maintenant, et je compte bien y rester.

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